Vigie et surveillance de l’itinérance. Méthodologie, outils et usages - Société d'habitation du Québec

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Vigie et surveillance de l’itinérance. Méthodologie, outils et usages

La pauvreté et l’exclusion sociale font émerger de nombreux défis sociaux, économiques et de santé publique. C’est pour répondre à ces défis que le Fonds de recherche du Québec – Société et culture, en partenariat entre autres avec la SHQ, s’est engagé à financer cette étude.

Cette recherche a été dirigée par M. Roch Hurtubise, docteur en sociologie, en collaboration avec l’Université de Sherbrooke. Le rapport final a été déposé en octobre 2017.

Cette étude présente une synthèse des stratégies de surveillance de l’itinérance recensées dans les écrits. Il ressort ainsi cinq stratégies pour cerner le phénomène de l’itinérance. Les résultats de cette synthèse alimentent la réflexion sur l’élaboration de la meilleure stratégie pour produire un portrait local de l’itinérance et mettre en œuvre une surveillance de l’itinérance au Québec.

Objectifs de l’étude

Cette étude visait à bonifier les travaux réalisés dans le cadre du portrait de l’itinérance et à apporter de nouvelles connaissances afin de nourrir les travaux de surveillance de l’itinérance. Cette synthèse des connaissances poursuit les objectifs suivants :

  • Identifier les principales stratégies développées pour assurer une surveillance du phénomène de l’itinérance, en s’intéressant aux méthodes, outils et indicateurs privilégiés.
  • Faire une présentation de ces stratégies selon une grille d’analyse comparative.
  • Définir la manière dont les portraits se transposent à la définition de l’itinérance et de l’hébergement et leurs utilités dans le suivi et l’évaluation des pratiques d’intervention et des politiques publiques.
  • Identifier les pratiques novatrices et transposables au Québec dans le but de produire un portrait québécois de l’itinérance.

Cette étude se base sur une revue de la littérature nord-américaine, européenne et australienne sur le sujet de l’itinérance.

Faits saillants

Principales stratégies recensées

Cinq stratégies d’étude du phénomène de l’itinérance ont été dégagées au cours de la recherche :

  • Les inventaires de fréquentation des ressources d’hébergement
    Les inventaires de fréquentation des ressources d’hébergement prennent appui sur les données administratives compilées dans des ressources d’hébergement d’urgence. Cette stratégie a l’avantage de donner un portrait des usagers, des services qui sont offerts par ces organismes et de leurs résultats.
  • Les dénombrements de rue
    Les dénombrements de rue ponctuels permettent d’estimer, à un moment précis et sur un territoire particulier, le nombre et certaines caractéristiques des personnes en situation d’itinérance. Cet exercice nécessite la mobilisation des organismes œuvrant auprès de ces clientèles, la participation de nombreux bénévoles ainsi qu’une importante stratégie de formation et de communication.
  • Les enquêtes sur les facteurs individuels et les facteurs collectifs
    Les enquêtes sur les facteurs individuels et les facteurs collectifs permettent d’estimer le risque de se retrouver en situation d’itinérance, dans le but de mieux prévenir le problème. Cette stratégie tente d’établir un lien entre les expériences d’itinérance et certains facteurs de risque, notamment des contextes sociaux ou des caractéristiques individuelles.
  • Les approches mixtes
    Comme les approches mixtes ne reposent pas sur des méthodologies standardisées, il est difficile d’en dresser un portrait. Basées sur une complémentarité des approches quantitatives et qualitatives, elles sont généralement développées en fonction des questions auxquelles elles veulent répondre.
  • Les enquêtes sur des thématiques spécifiques
    Bien que les enquêtes à thématiques spécifiques n’aient pas pour objectif premier de dresser des portraits de l’itinérance, elles contribuent à détailler les diverses facettes du phénomène en en saisissant des aspects précis et parfois moins visibles.

Principales critiques à l’égard des inventaires et dénombrements

L’inventaire de fréquentation des ressources d’hébergement pour personnes itinérantes et le dénombrement de rue, comme stratégies, font l’objet de nombreuses critiques :

  • sous-estimation de la population itinérante;
  • pertinence de la période de réalisation de l’enquête;
  • risque de doublons dans le décompte;
  • difficultés à rendre compte de la diversité du phénomène de l’itinérance, notamment de l’itinérance cachée, du risque d’itinérance et de l’instabilité résidentielle;
  • vision statique et non dynamique du phénomène.

Ces stratégies de production de portraits de l’itinérance présentent toutefois l’avantage de reposer sur une méthodologie standardisée et éprouvée, ce qui rend leur planification plus aisée et leurs données plus facilement comparables.

Toutefois, la variabilité des méthodologies utilisées rend difficile la comparaison des différents portraits dressés, à la fois dans le temps et à l’échelle mondiale. De plus, certaines définitions trop restreintes de l’itinérance rendent difficile la prise en compte de l’évolution de ce phénomène et occultent ses formes moins visibles. À l’itinérance de rue s’ajoutent en effet l’itinérance cachée, l’itinérance primaire ou secondaire, l’itinérance spirituelle et l’itinérance culturelle.

Conclusion

La conclusion de cette synthèse est qu’il n’existe pas de consensus dans la littérature scientifique qui justifie de privilégier une stratégie plutôt qu’une autre.

Le chercheur met toutefois l’accent sur l’importance d’approcher le phénomène complexe et changeant de l’itinérance en s’appuyant sur une méthodologie à la fois quantitative et qualitative, qui allie compilation de données robustes et prise en compte de la pluralité des expériences. De la même manière, il se prononce en faveur d’approches qui s’intéressent à la fois aux stocks (nombre de personnes) et aux flux (entrées et sorties de l’itinérance) ainsi qu’aux indicateurs (mesure d’une situation ou tendance) et aux facteurs de risque et de protection pour mieux comprendre les dynamiques de l’itinérance et ses différentes facettes, notamment l’itinérance cachée.

Par ailleurs, l’implication des organismes œuvrant auprès de cette clientèle est un moyen d’accroître les retombées pratiques de la production de portraits, celle-ci ne constituant pas une fin en soi, mais devant plutôt servir à évaluer et à faire progresser les politiques et services.

Cette recension des écrits favorise la collaboration des chercheurs, des responsables de l’élaboration et de l’évaluation des politiques, des autorités du recensement officiel, des prestataires de services et des organismes communautaires travaillant en itinérance pour favoriser le développement d’une préoccupation commune. Elle permet également d’explorer différents moyens pour favoriser l’articulation des multiples sources de données et de mieux définir les critères de qualité et de continuité de cette mise en dialogue d’une variété de données.

À consulter