Une analyse de long terme des inégalités et de la mobilité socio-économiques par cohorte de naissance et selon le revenu et la consommation des familles économiques et selon l’éducation des parents : 1965-2015 - Société d'habitation du Québec

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Une analyse de long terme des inégalités et de la mobilité socio-économiques par cohorte de naissance et selon le revenu et la consommation des familles économiques et selon l’éducation des parents : 1965-2015

La pauvreté et l’exclusion sociale font émerger de nombreux défis sociaux, économiques et de santé publique. C’est pour répondre à ces défis que le Fonds de recherche du Québec – Société et culture, en partenariat entre autres avec la SHQ, s’est engagé à financer cette étude.

Cette recherche a été dirigée par M. Philip J. Merrigan, docteur en sciences économiques, en partenariat avec l’Université du Québec à Montréal. Le rapport final a été déposé en septembre 2019.

En première partie, cette étude démontre que la force de transmission intergénérationnelle des inégalités par l’intermédiaire de l’éducation universitaire des parents a graduellement baissé de 1985 à 2010, tant au Québec qu’au Canada, et que cette transmission est davantage marquée en provenance du père, ce dernier élément pouvant être amené à changer au cours des prochaines décennies. Dans la deuxième partie, la performance des enfants québécois aux tests cognitifs internationaux est analysée et comparée avec les résultats obtenus ailleurs au Canada. Les chercheurs considèrent à partir des échantillons analysés qu’il n’existe pas de preuve que les inégalités sont plus marquées ou en progression au Québec. Enfin, à l’aide d’enquêtes réalisées par Statistique Canada, la troisième partie de cette recherche trace un portrait de l’évolution des inégalités des ménages selon plusieurs mesures pour le Québec et le Canada de 1969 à 2013. Une forte croissance des inégalités est notée à partir des années 70 jusqu’à la fin des années 90, pour ensuite se stabiliser chez l’ensemble des ménages au Québec et au Canada jusqu’à aujourd’hui.

Objectifs de l’étude

Les auteurs de cette recherche poursuivaient l’objectif de présenter un portrait empirique de long terme des inégalités au Québec en comparaison avec les autres régions canadiennes. Plusieurs dimensions des inégalités sont observées, notamment la consommation, la scolarité (à travers les résultats de tests d’aptitude internationaux) et la transmission intergénérationnelle des inégalités (via l’éducation universitaire des parents et la mobilité sociale découlant de l’éducation). Cette étude avait pour intention d’apporter des constats pertinents pour orienter les politiques publiques.

Faits saillants

Évolution de la mobilité sociale au Canada et au Québec basée sur la transmission intergénérationnelle des inégalités à travers l’éducation

  • L’étude démontre que l’influence de l’éducation universitaire des parents sur celle de l’enfant tend à diminuer au Canada et au Québec de 1985 à 2010.
  • Par ailleurs, la diplomation universitaire du père et de la mère permet de prédire la diplomation de l’enfant davantage au Québec qu’au Canada. Dit autrement, la transmission intergénérationnelle en matière d’éducation est un facteur qui explique un peu plus la persistance des inégalités au Québec qu’ailleurs au pays.
  • De manière générale, la mobilité sociale a augmenté lentement au Québec et au Canada depuis 1985. En effet, les auteurs observent une croissance régulière des taux de diplomation universitaire chez les 25-34 ans de 1985 jusqu’à 2015 au Québec et au Canada, autant chez les femmes que chez les hommes.

Inégalités de long terme dans les tests objectifs internationaux en mathématiques, lecture et sciences

  • Les auteurs ne mesurent pas de différence importante entre les résultats du Québec et du Canada aux tests cognitifs internationaux observés (PISA, TIMMS et PIRLS) ni d’augmentation marquée des inégalités sur 15 ans.
  • Pour le PIRLS, qui s’adresse aux enfants de quatrième année, les inégalités sont chaque année moins grandes au Québec qu’au Canada et la médiane est comparable. Il en est de même pour le TIMMS en mathématiques et en sciences, destiné aux enfants de huitième année (deuxième secondaire).
  • L’analyse des résultats du PISA, qui évalue les enfants de 15 ans, fait pour sa part ressortir des inégalités plus fortes au Québec pour certains tests, bien qu’une lecture attentive ne laisse pas entrevoir de véritables tendances à long terme dans les inégalités. Le Conseil supérieur de l’éducation (CSE), qui s’est intéressé aux moyennes des résultats PISA selon le type d’école (favorisée ou défavorisée), est cependant d’avis que l’écart entre ces deux groupes est substantiellement plus élevé au Québec que dans le reste du Canada.
  • Selon les chercheurs, lorsque l’on s’attarde aux résultats obtenus, il n’existe aucune preuve que les inégalités en matière de résultats aux tests cognitifs internationaux sont plus fortes au Québec ou même que des tendances marquées de progression des inégalités existent.
  • Bien que la mixité des classes soit recommandée par le CSE, les chercheurs ne partagent pas cet avis, les effets de la mixité n’étant pas clairement positifs selon eux. Ils citent même une étude qui montre que l’augmentation de la mixité dans les quartiers défavorisés aurait tendance à augmenter les inégalités, en particulier en ce qui concerne les résultats en mathématiques et en lecture au primaire.
  • Alors que certains proposent l’abolition des subventions aux écoles privées au Québec pour favoriser la mixité, les auteurs s’y opposent, étant donné les conclusions de leurs recherches, qui montrent que la fréquentation de l’école privée augmente la probabilité d’entreprendre des études postsecondaires et universitaires et celle d’obtenir un diplôme universitaire.
  • Selon eux, dans le but d’augmenter la réussite scolaire et de réduire les inégalités, des interventions ciblant les enfants défavorisés seraient plus bénéfiques et moins coûteuses que la mise en place de réformes scolaires majeures.

Inégalités économiques et consommation des ménages

  • L’analyse des données de l’Enquête sur les dépenses des familles et de l’Enquête sur les dépenses des ménages fait ressortir une forte croissance des inégalités à partir de 1969 jusqu’à la fin des années 90, suivie d’une stabilisation jusqu’à 2013 pour tous les types de ménages au Québec et au Canada.
  • Depuis le début des années 2000, les inégalités au Québec sont plus faibles que dans le reste du pays. Cette tendance est beaucoup plus marquée pour les ménages de plus d’une personne et s’explique en majeure partie grâce aux politiques québécoises ciblant les familles défavorisées mises en place depuis 1998.
  • Au Québec, les auteurs font ressortir la tension qui existe entre les politiques de transferts et de redistribution généreuses et les hauts taux marginaux de taxation et d’imposition pour les ménages à revenu élevé. Cette situation pourrait, selon eux, expliquer les différences entre le Québec et le Canada en matière de consommation des ménages et, conséquemment, être la cause d’un retard dans la croissance économique de la province.
  • L’analyse de l’évolution dans le temps de la structure de la consommation des ménages en fonction du statut de pauvreté (pauvres ou non-pauvres) montre par ailleurs que le logement en tant que poste de dépenses pèse aujourd’hui plus lourd qu’auparavant pour les ménages pauvres et moins favorisés.

Conclusion

Pour conclure, les analyses font ressortir à la fois une augmentation de la mobilité sociale et une certaine stabilisation dans la progression des inégalités au Québec. Surtout, celui-ci se démarque de manière positive du reste du Canada. Il est cependant primordial de continuer à observer les inégalités dans un contexte historique et de manière multidimensionnelle. Les efforts pour les réduire doivent rester une préoccupation pour de futures recherches sur l’efficacité et l’équité des politiques publiques.

D’autres recherches seront en effet nécessaires pour déterminer si, plutôt que par la diplomation elle-même, la transmission des inégalités se fait maintenant à travers le type de diplôme universitaire. De plus, des études plus poussées doivent être réalisées pour déterminer les raisons pour lesquelles la fréquentation du secteur privé au secondaire donne d’aussi bons résultats en matière de passage à l’éducation postsecondaire et de diplomation universitaire. Enfin, il serait intéressant de préciser s’il existe un lien direct entre le fait que les inégalités sont plus faibles au Québec et le niveau de vie moyen dans la province, inférieur à celui du reste du Canada.

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