Mobilité et inégalités : le rôle des changements économiques et sociaux et des politiques publiques - Société d'habitation du Québec

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Mobilité et inégalités : le rôle des changements économiques et sociaux et des politiques publiques

La pauvreté et l’exclusion sociale font émerger de nombreux défis sociaux, économiques et de santé publique. C’est pour répondre à ces défis que le Fonds de recherche du Québec – Société et culture, en partenariat entre autres avec la SHQ, s’est engagé à financer cette étude dirigée par M. Guy Lacroix, docteur en économie, en partenariat avec l’Université Laval. Le rapport final a été déposé en mars 2019.

Les résultats de cette étude offrent un aperçu de l’évolution du revenu des individus au cours de leur vie et font ressortir le peu d’incidence qu’ont les différentes politiques publiques visant l’amélioration des conditions de vie des personnes sur la mobilité intragénérationnelle (degré de différence entre le revenu d’une génération à l’autre) des Québécois.

En effet, il y a peu de mobilité économique au Québec et les écarts de revenus y sont moins grands qu’en Ontario. La probabilité de connaître la pauvreté semble diminuer avec le fait d’avoir des enfants et augmenter considérablement pour une famille monoparentale. D’ailleurs, le fait de vivre seul(e), d’avoir peu ou pas de diplômes ou d’avoir connu des épisodes de pauvreté dans le passé sont des éléments importants qui favorisent l’entrée dans la pauvreté et diminue les chances d’en sortir. Les chercheurs soulignent aussi la préférence des Québécois pour les régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER), un moyen d’épargne moins adapté à leurs besoins que les comptes d’épargne libre d’impôt (CELI).

Objectifs de l’étude

L’équipe de recherche avait pour objectif de faire état de l’évolution de la distribution du revenu familial et de la mobilité économique au Québec au cours des trente dernières années. Afin de mesurer la performance du Québec à ce chapitre, des comparaisons avec l’Ontario et la Colombie-Britannique sont proposées.

Plus précisément, cette recherche nous éclaire sur quatre thèmes distincts, soit la mobilité de différentes cohortes de travailleurs québécois dans l’échelle de revenu, les déterminants de l’entrée dans la pauvreté et de la sortie de la pauvreté, les facteurs responsables de la mobilité ascendante et descendante dans l’échelle de revenu et les choix d’épargne des travailleurs québécois en vue de leur retraite.

Faits saillants

La mobilité générale : plus faible au Québec

Selon les chercheurs, lorsque comparé aux deux provinces de référence, le Québec affiche une mobilité économique plus faible. Il faut toutefois prendre en compte que l’indice de mobilité économique est une combinaison des indices de mobilité économique ascendante et descendante. Or, la mobilité descendante, qui constitue un appauvrissement, est plus faible au Québec que dans les deux autres provinces, alors que la mobilité ascendante, qui constitue un enrichissement, y est comparable. Cela signifie qu’il est plus probable de tomber dans un état de pauvreté en Colombie-Britannique et en Ontario, et que les citoyens qui ont déjà été en situation de pauvreté y retombent plus rapidement qu’au Québec. Le faible score de mobilité générale obtenu par le Québec est donc positif.

En observant l’évolution de la mobilité économique au Québec, les chercheurs en sont venus à la conclusion que la situation au cours des trente dernières années s’est améliorée : en effet, pendant cette période, la mobilité ascendante des 25 à 40 ans a augmenté alors que la mobilité descendante des 29 à 40 ans a diminué.

La mobilité ascendante : comparable à celle des autres provinces

La mobilité ascendante des Québécois est comparable à celle des Ontariens et à celle des Britanno-Colombiens. Toutefois, la mobilité ascendante des individus âgés de 30 à 50 ans est plus élevée au Québec que dans les autres provinces. Elle est cependant plus faible pour le groupe d’âge des 50 à 70 ans en Colombie-Britannique et au Québec.

Parmi les facteurs limitant la sortie de la pauvreté, on note le fait :

  • d’avoir vécu plusieurs années en situation de pauvreté.

Parmi les facteurs favorisant la sortie de la pauvreté, on note le fait :

  • d’avoir des enfants;
  • d’avoir obtenu un diplôme;
  • d’avoir un niveau de scolarité élevé.

La mobilité descendante : plus faible au Québec

La mobilité descendante est en moyenne plus faible au Québec que dans les deux provinces de référence. Cependant, à partir de 55 ans, en raison des choix de véhicule d’épargne sous-optimaux que font les Québécois, leur mobilité descendante est plus forte que celle des citoyens de l’Ontario et de la Colombie-Britannique.

Parmi les facteurs favorisant l’entrée dans la pauvreté, on note le fait :

  • d’avoir déjà connu un épisode de pauvreté;
  • de faire partie d’une famille monoparentale.

Parmi les facteurs limitant l’entrée dans la pauvreté, on note le fait :

  • d’avoir des enfants;
  • d’avoir obtenu un diplôme;
  • d’avoir un niveau de scolarité élevé;
  • d’être un homme;
  • d’être en couple.

Autres résultats

L’étude conclut que si le revenu familial total moyen a progressé au Québec sur la période étudiée (1983-2013) , il a progressé plus rapidement en Ontario. Cependant, cette croissance s’est faite de façon moins inégalitaire au Québec qu’en Ontario. Dans les deux provinces, l’augmentation du revenu familial total moyen est surtout le fait des quintiles (valeur représentant un cinquième de la population donnée) les plus riches. Cependant, en Ontario, l’écart entre les quintiles les plus riches et ceux les plus pauvres s’est accentué davantage qu’au Québec pendant ces trois décennies.

Les chercheurs ont également mis de l’avant que les Québécois avaient plus de difficulté que les Ontariens et les Britanno-Colombiens à effectuer des choix éclairés quant à la préparation de leur retraite et avancent que cette difficulté pourrait être due à une faible littératie financière des Québécois. En effet, les régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER) seraient privilégiés alors qu’ils seraient peu profitables pour les retraités des quintiles inférieurs, et les comptes d’épargne libre d’impôt (CELI), favorisés dans les autres provinces, seraient peu populaires même s’ils constituent l’option la plus avantageuse pour nombre de Québécois.

Conclusion

Les résultats de la recherche démontrent que les politiques sociales en vigueur au Québec à partir des années 1990 n’ont pas eu d’effet notable sur la mobilité économique intragénérationnelle, et ce, même si elles ont entraîné une nette réduction de la pauvreté. Toutefois, malgré un revenu familial total moyen nettement moindre qu’en Ontario, les Québécois n’étaient pas plus susceptibles de vivre des épisodes de grande, moyenne ou faible pauvreté, et les individus en situation de pauvreté étaient plus susceptibles d’en sortir au Québec qu’en Ontario.

À la lumière de ces résultats, il serait intéressant de comprendre pourquoi le Québec démontre une moindre mobilité intragénérationnelle malgré des politiques publiques qui favorisent une diminution de la pauvreté. De plus, comparativement aux autres provinces, les Québécois présentent une faible littératie financière; il serait pertinent de savoir si cette situation a un lien avec le fort taux de décrochage scolaire des élèves québécois.

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